Filière Vape Agréée : le conflit d'intérêts derrière la loi clé en mains de LGF Formations
L'APSA et LGF Formations ont soumis une proposition de loi à plus de 1 000 décideurs : certification obligatoire, vente réservée aux pros, sortie de la grande distribution. Problème : cette formation obligatoire serait conçue et vendue par un seul opérateur, dont le dirigeant est lui-même buraliste. Enquête sur un conflit d'intérêts.
Par La rédaction LMDV Edito · 6 juillet 2026 · ⏱ 8 min · Rédigé avec l’IA
Filière Vape Agréée : le conflit d'intérêts derrière la loi clé en mains de LGF Formations
Certification obligatoire des vendeurs, sortie de la grande distribution, agrément d'État pour chaque point de vente… L'APSA et LGF Formations viennent de soumettre une proposition de loi complète à plus de 1 000 décideurs politiques. Sur le fond, l'intention est louable. Mais la formation obligatoire au cœur du dispositif serait conçue, promue et vendue par un seul opérateur — dont le dirigeant est lui-même buraliste. Ça mérite qu'on en parle franchement.
La France de la vape n'a pas fini de faire de la politique. À peine remise du feuilleton de l'article 23 du PLF 2026 — qui menaçait de faire exploser la filière indépendante avec une taxation punitive et une interdiction de vente en ligne —, la voilà face à une nouvelle proposition réglementaire venue cette fois du terrain lui-même.
L'Association Prévention Santé Aquitaine (APSA) et l'organisme certifié Qualiopi LGF Formations ont annoncé avoir transmis un dispositif législatif complet à 1 078 décideurs politiques et médias majeurs. Le projet est structuré, documenté, et selon ses auteurs, fruit de deux ans de travaux préparatoires. L'objectif affiché : créer la Filière Vape Agréée (FVA) pour instaurer un contrôle d'État strict, interdire définitivement les circuits opportunistes et professionnaliser la réduction des risques.
Bien. Mais dans ce pays où "réguler la vape" a trop souvent signifié "la punir", toute proposition législative mérite une lecture serrée.
Ce que prévoit concrètement la proposition
Un agrément obligatoire pour vendre
La pièce centrale du dispositif est ce qu'ils appellent l'Agrément Point de Vente (APV). Le principe : verrouiller la vente aux seuls professionnels certifiés — vape shops et débits de tabac éligibles — ce qui implique la suppression immédiate de la vape en grande distribution et dans les épiceries.
La vape en supermarché, en boulangerie, au fond d'un rayon tabac d'une station-service : fini. Seuls les professionnels ayant obtenu un agrément pourraient vendre des produits de vapotage. Sur le principe de la protection des mineurs et du conseil à l'arrêt du tabac, l'argument tient la route. Mais on y reviendra.
Une certification professionnelle obligatoire de 16 heures
L'originalité majeure du dispositif repose sur la création d'une certification professionnelle obligatoire de 16 heures pour les vendeurs, portée par l'ingénierie pédagogique de LGF Formations. Ce parcours garantit une éthique commerciale absolue, la maîtrise du protocole de sécurité sanitaire V-HACCP et un accompagnement scientifique au sevrage tabagique.
Autrement dit : pas de formation validée, pas de vente. C'est, dans l'esprit, ce que font déjà les meilleures boutiques spécialisées. Mais faire de cette formation une obligation légale, quand un seul organisme la conçoit et la vend, change tout — nous y revenons plus bas.
Une transition de 12 mois
Un calendrier de transition contraignant de 12 mois a été proposé au Gouvernement pour permettre la mise en conformité des points de vente éligibles, notamment via la mobilisation du Fonds de Transformation des buralistes.
La mention du Fonds des buralistes n'est pas anodine : elle signale clairement que les buralistes sont pensés comme des bénéficiaires naturels du dispositif. Or les buralistes et la vape indépendante, c'est une relation complexe, pour ne pas dire tendue.
Ce qu'il faut saluer
Soyons honnêtes : alors que le débat européen et national s'intensifie autour d'une potentielle interdiction des arômes ou d'une prohibition des produits du vapotage, deux acteurs de terrain rompent avec l'inaction publique. C'est notable.
Proposer un cadre alternatif à la prohibition ou à la sur-taxation, c'est exactement le genre d'initiative constructive dont le débat manque. Comme le formulent les porteurs du projet : « Nous ne défendons pas un outil, nous défendons une stratégie de santé publique et de réduction des risques. Notre projet de loi offre une troisième voie : le contrôle rigoureux de l'État. Il permet de sanctuariser la protection des mineurs tout en préservant un outil de sevrage performant pour les adultes qui souhaitent s'affranchir du tabac. »
C'est la bonne philosophie. Et dans un contexte où l'ANSES confirme, dans son rapport de décembre 2025, que l'e-cigarette représente « une option transitoire » pour les personnes ayant des difficultés à abandonner la cigarette traditionnelle, en raison d'effets sanitaires « moindres que ceux du tabac fumé », toute initiative qui préserve cet outil mérite qu'on l'écoute.
L'APSA et LGF Formations rappellent qu'elles agissent en totale indépendance et refusent statutairement tout lien financier direct ou indirect avec l'industrie du tabac. L'intention affichée mérite d'être saluée. Reste que cette indépendance revendiquée doit être passée au crible — nous y revenons plus bas.
Ce qui pose problème
La concentration du marché comme effet secondaire
Retirer la vape de la grande distribution, c'est potentiellement réduire de moitié les points d'accès aux produits pour les fumeurs qui souhaitent arrêter. Or l'accessibilité est un facteur clé dans la réduction des risques : un outil qu'on ne trouve pas facilement est un outil qu'on n'utilise pas.
L'ANSES l'a dit explicitement dans son rapport de février 2026 : elle émet des réserves à une éventuelle taxation accrue des cigarettes électroniques. Un tel projet pourrait « dissuader certains consommateurs » mais également comporter « des risques sanitaires supplémentaires », du fait d'un probable report « vers des produits faits maison avec des ingrédients non adaptés » et vers « un marché parallèle » échappant à tout contrôle. La logique vaut tout autant pour une restriction de la distribution.
La question du e-commerce, l'angle mort du dispositif
La proposition telle qu'elle est décrite se concentre sur les points de vente physiques. Mais qu'en est-il de la vente en ligne ? Aucune mention explicite. Or, la distribution repose aujourd'hui sur un réseau hybride : 3 000 à 3 500 boutiques spécialisées, des plateformes en ligne et de plus en plus de buralistes. Oublier le canal e-commerce dans un dispositif législatif, c'est se priver d'un tiers du marché — le plus accessible pour les vapoteurs en zones rurales.
On a déjà vu ce film : l'article 23 du PLF 2026 prévoyait une interdiction totale de la vente à distance. Le 2 février 2026, l'Assemblée nationale votait l'adoption définitive du projet de loi de finances sans son article 23. Quatre mois plus tôt, ce même article menaçait de faire imploser le marché français du vapotage. La filière n'a pas envie de rejouer ce scénario, quelle qu'en soit la couleur politique.
Qui contrôle la formation obligatoire — et à qui profite-t-elle ?
La certification de 16 heures est portée par LGF Formations, organisme certifié Qualiopi. Rendre obligatoire une formation dont un seul opérateur est, à ce jour, à la fois le concepteur, le promoteur et le dispensateur pose une double question : de gouvernance et de conflit d'intérêts.
Car derrière LGF Formations, il y a un acteur bien identifié. Selon les informations publiques, l'organisme a été créé en 2021 à Villeurbanne et son dirigeant, Didier Gonin, est buraliste : il exploite le bar-tabac « La Galline », auquel le centre de formation est adossé, ainsi qu'une activité de vente de vape. C'est ce même acteur qui, avec l'APSA, promeut aujourd'hui la loi censée rendre sa propre formation obligatoire.
Le dispositif organise d'ailleurs sa propre demande : vente réservée aux professionnels certifiés, certification payante de 16 heures, et calendrier de mise en conformité adossé au Fonds de Transformation des buralistes. Autrement dit, un professionnel du commerce de tabac propose une loi qui rend obligatoire une certification qu'il vend lui-même, et qui flèche des aides publiques vers les buralistes. L'indépendance revendiquée vis-à-vis de l'industrie du tabac — les fabricants — n'efface pas cette réalité : le principal bénéficiaire potentiel du dispositif est aussi son auteur.
Une certification robuste devrait reposer sur un référentiel validé par une autorité indépendante — AFNOR, ministère de la Santé, voire ANSES — et pouvoir être dispensée par plusieurs organismes qualifiés, plutôt que par une seule entreprise privée en situation de monopole. La FIVAPE, qui représente la filière indépendante, propose d'ailleurs des formations reconnues depuis des années.
Le contexte réglementaire qui rend cette proposition inévitable
Comprendre pourquoi cette proposition émerge maintenant, c'est comprendre l'état du marché. La FIVAPE représente 870 entreprises et 25 000 emplois directs et indirects, et incarne la filière française de la vape, indépendante de l'industrie du tabac, soit 85 % du marché national selon Xerfi 2024.
Cette filière est sous pression constante depuis plusieurs années : interdiction des puffs jetables, tentative de taxation via l'article 23, pression européenne pour l'harmonisation fiscale, et maintenant débats sur l'emballage neutre. Face à cette accumulation, deux stratégies s'affrontent dans le secteur :
La stratégie défensive : repousser toute réglementation supplémentaire et défendre le statu quo. C'est celle qu'a adoptée la filière face à l'article 23, avec succès.
La stratégie proactive : proposer soi-même un cadre réglementaire avant que les pouvoirs publics n'en imposent un pire. C'est ce que tentent l'APSA et LGF Formations.
La deuxième approche n'est pas naïve. Elle reconnaît que le vide réglementaire actuel nourrit les arguments de ceux qui veulent prohiber. Les adolescents français de 15-16 ans ne sont plus que 3 % à fumer des cigarettes en 2024, contre plus de 31 % en 1999 — une victoire de la politique antitabac, à laquelle la vape a contribué. Mais les dérives des circuits non-spécialisés, notamment la vente aux mineurs via des canaux non contrôlés, existent et alimentent la rhétorique prohibitionniste.
Ce que LMDV en retient : une vigilance qui s'impose
Il ne s'agit pas de balayer cette proposition. Il s'agit de la lire avec les yeux d'une filière indépendante qui a survécu à bien des assauts réglementaires et qui sait que le diable est dans les détails.
Les bonnes idées de la FVA — professionnalisation, certification, lutte contre les circuits opportunistes — méritent d'être reprises dans un débat plus large, associant la FIVAPE, les représentants du e-commerce, les associations d'usagers, et les professionnels de santé. Pas juste soumises à 1 078 décideurs dans un document préfabriqué par ceux qui en seraient les premiers bénéficiaires.
Les politiques antitabac deviennent des politiques antivape alors que les données indépendantes et fiables en faveur du vapotage comme outil de transition vers une vie sans tabac s'accumulent. Les professionnels français du vapotage, indépendants de l'industrie du tabac, ont permis un recul historique du tabagisme en 15 ans.
Une vraie réglementation de la filière vape en France, ça se construit avec toute la filière — pas en envoyant un PDF à des parlementaires. Le sujet mérite mieux qu'une loi clé en mains rédigée par celui qui en serait le premier bénéficiaire.
Sources
- 01.Le Monde du Tabac — APSA et LGF Formations : la proposition de loi Filière Vape Agréée. Voir →
- 02.ANSES — Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage (rapport d'expertise collective). Voir →
- 03.ANSES — Vaping : what are the health risks? (résumé officiel en ligne). Voir →
- 04.Franceinfo — L'ANSES conclut à un risque sanitaire de la cigarette électronique, moins nocive que le tabac. Voir →
- 05.Vaping Post — Article 23 du PLF 2026 : retour sur quatre mois de chaos. Voir →
- 06.FIVAPE — Communiqué officiel : la filière française de la vape (870 entreprises, 25 000 emplois). Voir →
- 07.La Revue des Tabacs — LGF Formations, le centre de formation vape du buraliste Didier Gonin. Voir →
Transparence
Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les sources citées ci-dessus permettent d’en vérifier le contenu.
Questions fréquentes
C'est quoi exactement la Filière Vape Agréée (FVA) proposée par l'APSA et LGF Formations ?
La Filière Vape Agréée (FVA) est un dispositif législatif complet soumis à plus de 1 000 décideurs politiques en juillet 2026. Il prévoit trois piliers : un agrément obligatoire d'État pour tout point de vente (ce qu'on appelle l'Agrément Point de Vente ou APV), une certification professionnelle obligatoire de 16 heures pour chaque vendeur, et la suppression de la vente de produits de vapotage en grande distribution et en épiceries. L'idée centrale est de réserver la vente aux vape shops et aux buralistes certifiés.
Est-ce que cette proposition de loi a des chances d'être votée par le Parlement ?
Pour l'instant, il s'agit d'une proposition émanant d'acteurs de terrain — pas d'un groupe parlementaire ni d'un ministère. Elle a été transmise à 1 078 décideurs politiques et médias, ce qui est une démarche de lobbying structuré, mais pas encore un texte inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée. Dans un contexte post-article 23 du PLF 2026 — où la filière vient de repousser une tentative de mise sous tutelle — le Parlement reste attentif à tout ce qui touche à la régulation de la vape. La proposition peut servir de base de travail aux parlementaires, mais rien ne garantit sa transposition telle quelle.
La suppression de la vape en grande distribution, c'est une bonne idée pour les vapoteurs ?
C'est le point le plus clivant. D'un côté, cantonner la vente aux professionnels formés améliore le conseil et réduit l'accès anarchique des mineurs — objectifs louables. De l'autre, retirer les produits de la grande distribution réduit les points d'accès, notamment dans les zones rurales où les vape shops sont rares. L'ANSES elle-même a averti, dans son rapport de février 2026, qu'une accessibilité réduite risque de pousser les vapoteurs vers le marché parallèle ou le retour au tabac. L'accès facile à un outil de sevrage reste un impératif de santé publique.
Quel est le lien entre cette proposition et le protocole V-HACCP mentionné dans le texte ?
Le V-HACCP (Vape Hazard Analysis Critical Control Points) est un protocole de sécurité sanitaire spécifique aux produits du vapotage, intégré au parcours de formation proposé par LGF Formations dans le cadre de ce dispositif législatif. Inspiré des méthodes HACCP utilisées dans l'industrie alimentaire, il vise à garantir la maîtrise des risques à chaque étape de la chaîne de vente. C'est une approche sérieuse sur le papier, mais son contenu exact et sa validation scientifique indépendante restent à ce stade peu documentés publiquement.
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