Taxer la vape comme le tabac : le contresens de santé publique qui menace les vapoteurs
Entre le PLF 2026 et la directive européenne, l'État veut faire payer aux vapoteurs le prix du sevrage. Décryptage d'une logique fiscale qui se trompe de cible.
Par La rédaction LMDV Edito · 6 mai 2026 · ⏱ 7 min · Rédigé avec l’IA
Une victoire arrachée, mais le répit sera court
Si tu vapotes, tu as peut-être suivi le feuilleton de l'automne dernier. L'article 23 du Projet de loi de finances 2026 voulait coller une taxe sur tous les e-liquides, nicotinés ou pas. Le gouvernement avait sorti sa calculette : 0,03 euro par millilitre sous 15 mg/ml de nicotine, 0,05 euro au-dessus. Soit 30 centimes sur un flacon de 10 ml faiblement dosé, 50 centimes pour les dosages forts. Et, cerise empoisonnée sur le gâteau, une interdiction de la vente en ligne.
La filière a répondu. Près de 250 000 signatures sur la pétition portée par la FIVAPE, des milliers de professionnels dans la rue, un bras de fer parlementaire entre l'Assemblée et le Sénat. Résultat : l'article 23 a été définitivement supprimé. La loi de finances a été publiée au Journal officiel le 20 février 2026, sans la taxe ni l'interdiction.
Victoire réelle. Mais ne range pas les pancartes. Parce que pendant que la France reculait, l'Europe avançait.
Bruxelles prépare une facture dix fois plus salée
La Commission européenne a publié le 17 juillet 2025 une révision de sa directive sur la fiscalité du tabac. Et là, on change d'échelle. Le texte propose de taxer tous les e-liquides — avec ou sans nicotine, y compris les bases et arômes concentrés du DIY — à hauteur de 20 % du prix de vente, ou 0,12 euro par millilitre minimum sous 15 mg/ml, et 0,36 euro par millilitre au-dessus.
Fais le calcul. Un flacon de 10 ml, c'est au moins 1,20 euro de taxe sur le dosage bas. Une version du projet poussait même à 30 centimes le millilitre minimum, soit 3 euros sur un 10 ml et 15 euros sur un gros 50 ml. Et ce n'est qu'un point de départ : la trajectoire vise 25 % du prix de détail en 2030, puis 50 % en 2032.
Le calendrier ? Une entrée en vigueur visée au plus tard le 1er janvier 2028. Mais il y a un garde-fou : la directive doit être adoptée à l'unanimité des 27 États membres au Conseil de l'Union européenne. Un seul pays peut bloquer. Le Parlement européen, lui, sera consulté, mais son avis ne pèsera pas dans la balance finale.
Le coeur du problème : assimiler le remède au poison
Voilà où le bât blesse. Taxer un produit, c'est l'État qui dit : « ceci nuit à la société, donc tu paies ». C'est la logique derrière les taxes sur le tabac, l'alcool, le sucre. On appelle ça une taxe comportementale. L'idée est de décourager un usage nocif.
Sauf que la vape n'est pas le tabac. Elle ne brûle rien. Pas de combustion, pas de goudron, pas de monoxyde de carbone — c'est-à-dire pas les substances qui tuent un fumeur sur deux. L'autorité sanitaire britannique Public Health England estime depuis des années que vapoter est environ 95 % moins nocif que fumer. Ce n'est pas un slogan de vendeur, c'est une donnée reprise par une administration publique.
La FIVAPE résume la faute en une phrase : ce projet revient à « assimiler le poison au remède ». Tu prends un outil qui aide des centaines de milliers de personnes à sortir de la clope, et tu le fiscalise comme s'il était le problème. C'est exactement l'inverse de ce qu'une politique de santé publique devrait faire.
Et l'argument médical n'est pas mince. Plusieurs médecins ont alerté : taxer la vape, c'est rendre plus cher l'outil de sevrage le plus efficace dont on dispose aujourd'hui. On pénalise ceux qui ont fait l'effort d'arrêter de fumer.
L'effet boomerang : marché noir et retour à la cigarette
Une taxe qui rate sa cible ne reste jamais sans conséquence. Voici la mécanique que redoutent les professionnels.
Le prix monte. Forcément. La taxe se répercute sur le flacon, surtout chez les boutiques indépendantes qui n'ont pas les marges de la grande distribution. Le vapoteur, lui, regarde son budget.
Deux portes de sortie s'ouvrent. La première, c'est le marché parallèle. Quand un produit légal devient trop cher ou trop dur à trouver — souviens-toi, on a aussi voulu interdire la vente en ligne — les acheteurs se tournent vers des circuits non contrôlés. Bases vendues sous le manteau, e-liquides importés sans contrôle qualité, arômes douteux. Tout ce que la réglementation française tient aujourd'hui à l'oeil disparaît du radar. La FIVAPE parle d'un marché « incontrôlable et potentiellement dangereux ».
La seconde porte est encore pire : le retour à la cigarette. Si vapoter coûte presque aussi cher que fumer, l'incitation économique à rester sur la vape s'effondre. Le fumeur sevré qui galère financièrement peut se dire « autant reprendre les clopes ». On a alors une taxe censée protéger la santé qui pousse les gens vers le produit le plus mortel. L'absurdité est totale.
Qui gagne vraiment dans cette histoire ?
Pose-toi la question. Si la vape devient aussi chère que le tabac, à qui ça profite ? Pas au vapoteur, qui paie plus. Pas à la boutique indépendante du coin, qui voit ses clients filer ou réduire leurs achats. Pas à la santé publique, qui voit certains repartir vers la cigarette.
La FIVAPE a une réponse tranchée : ce projet « ne protège pas les consommateurs, mais le modèle économique du tabac ». Plus la vape est handicapée fiscalement, moins elle menace les ventes de cigarettes. Et l'État, accessoirement, encaisse des recettes fiscales bien rodées sur le tabac. Le sevrage massif des fumeurs, ça fait fondre une rente budgétaire confortable.
On ne dit pas qu'il y a un complot dans un bureau. On dit que les incitations sont mal alignées, et que le résultat concret d'une taxe vape, c'est de protéger le tabac.
Ce qu'il faudrait faire à la place
L'idée n'est pas de réclamer un produit sans aucune règle. La vape est déjà encadrée : limites de nicotine, traçabilité, déclaration des produits, interdiction de vente aux mineurs. Personne de sérieux dans la filière ne demande la jungle.
Ce que demandent la FIVAPE et une partie du corps médical, c'est une fiscalité proportionnée au risque. Le principe est simple à comprendre : plus un produit est dangereux, plus il est taxé ; moins il l'est, moins il l'est. La vape étant largement moins nocive que la cigarette, elle devrait rester nettement moins chère. C'est le seul moyen de garder l'incitation économique du bon côté — celui qui éloigne du tabac.
Pour l'instant, la France a sauvé sa filière pour 2026. Mais la vraie partie se joue à Bruxelles, et elle se gagnera État par État, vote par vote. Reste informé, parce que cette fois la décision se prend loin de Paris.
En résumé
La taxe française a été repoussée, c'est une bonne nouvelle. La menace européenne, beaucoup plus lourde, arrive d'ici 2028 et il faudra la combattre. Le fond du problème ne change pas : taxer la vape comme le tabac, c'est confondre l'outil qui sauve avec le produit qui tue. Et toi, en tant que vapoteur, tu es en première ligne de ce contresens.
Sources
- 01.Public Health England — E-cigarettes 95% less harmful than tobacco (2015). Voir →
- 02.Commission européenne — Modernisation de la directive sur la fiscalité du tabac (2025). Voir →
- 03.EUR-Lex — Proposition de directive accises tabac et nicotine, 52025PC0580 (2025). Voir →
- 04.Sénat — Amendement I-517 sur la taxation du vapotage, PLF 2026. Voir →
- 05.Assemblée nationale — Pétition retrait vapotage article 23 PLF 2026 (2025). Voir →
- 06.Cochrane / PMC — Electronic cigarettes for smoking cessation (2025). Voir →
Transparence
Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle. Les sources citées ci-dessus permettent d’en vérifier le contenu.
Questions fréquentes
La taxe sur les e-liquides est-elle appliquée en France en 2026 ?
Non. L'article 23 du PLF 2026, qui prévoyait cette taxe et l'interdiction de la vente en ligne, a été définitivement supprimé. La LOI n° 2026-103 a été publiée au Journal officiel le 20 février 2026 sans ces mesures, après une mobilisation massive de la filière (près de 250 000 signatures de pétition à l'Assemblée nationale).
Combien aurait coûté la taxe française envisagée sur un flacon de 10 ml ?
Le projet prévoyait 0,03 €/ml pour les e-liquides sous 15 mg/ml de nicotine, soit 30 centimes sur un flacon de 10 ml, et 0,05 €/ml au-dessus de 15 mg/ml, soit 50 centimes. Des hausses modestes sur le papier, mais qui s'ajoutaient à une interdiction de vente en ligne qui aurait fragilisé toute la filière.
Qu'est-ce que la directive européenne prévoit exactement pour la vape ?
La Commission européenne a publié le 16 juillet 2025 une proposition (référence 52025PC0580) qui taxerait tous les e-liquides à 0,12 €/ml minimum (moins de 15 mg/ml de nicotine) et 0,36 €/ml au-dessus, avec une trajectoire vers 25 % puis 50 % du prix de détail en 2030 et 2032. L'entrée en vigueur est visée au 1er janvier 2028, sous réserve d'un vote à l'unanimité des 27 États membres.
Pourquoi taxer la vape comme le tabac pose-t-il un problème de santé publique ?
Parce que la vape ne brûle rien : pas de combustion, pas de goudron, pas de monoxyde de carbone. Public Health England estime qu'elle est environ 95 % moins nocive que la cigarette — une donnée confirmée par une revue Cochrane récente qui montre qu'elle augmente les taux de sevrage tabagique par rapport à la substitution nicotinique classique. La taxer au même niveau, c'est assimiler un outil de sevrage au produit qu'il aide à quitter.
Quels sont les risques concrets d'une taxe trop lourde sur la vape ?
Deux effets boomerang documentés : l'essor d'un marché parallèle non contrôlé (produits sans garantie de qualité) et le retour de certains vapoteurs vers la cigarette si la vape devient presque aussi chère que le tabac. Dans les deux cas, la mesure censée protéger la santé publique produit l'effet inverse.
Commentaires (0)
Sois le premier à réagir.
À lire aussi

Prix des cigarettes juillet 2026 : et la vape dans tout ça ?
Prix des cigarettes en France juillet 2026 : Marlboro à 13,50 €, Lucky Strike à 13 €. Combien coûte vraiment la vape en comparaison ? Le calcul qui fait mal.
Lire l'article →À découvrir ailleurs
7 minArômes de vape : la guerre européenne a commencé
Belgique, Irlande, TPD3 : l'Europe veut bannir les arômes de vape. Ce que disent vraiment les données, et pourquoi cette logique fabrique du marché noir.
Lire l'article →


